3 questions d’interoception avant de sortir courir
Avant de lacer tes chaussures en décembre, tu ne devrais pas demander à ta montre ce que tu dois faire, mais à ton corps dans quel état il est. Aujourd’hui, on installe un check-up express Vagal Drive : 3 questions, une échelle de 0 à 10, et un verdict simple : footing, EF light… ou plaid obligatoire.
Thème du jour : interoception de base pour la course à pied en décembre. On relie théorie polyvagale, Vagal Drive, axe HPA et endurance fondamentale à une grille ultra simple : fatigue, charge mentale, sommeil, chacun noté de 0 à 10 avant d’aller courir. Objectif : arrêter de choisir tes séances au feeling coupable, et commencer à les adapter à ton état réel, pas à ton ego. Pour creuser le “pourquoi tu cours vraiment”, reviens à l’article du 2 décembre, et pour la Loi de dérivation spéciale raclette, va voir le 4 décembre.
Interoception : ton tableau de bord interne, pas un gadget de yogi
On va remettre le mot au propre. L’interoception, ce n’est pas “être hypersensible” ni “sentir les vibrations de l’univers à travers tes chaussettes de compression”. C’est beaucoup plus simple : c’est ta capacité à lire les signaux qui viennent de l’intérieur du corps : fatigue, tension, nœud dans le ventre, cœur qui s’emballe, cerveau en bouillie, envie de rien.
Dans la théorie polyvagale, ton système nerveux scanne en permanence s’il est en sécurité ou pas. La neuroception s’occupe du décor (ambiance, gens, menaces), l’interoception s’occupe de l’intérieur (état du moteur). Et c’est ce duo qui décide si tu es en mode ventral (présent, dispo), sympathique (fight / flight) ou dorsal (plombé, coupé).
Problème : la plupart des coureurs se sont tellement servis de la course pour fuir leurs états internes qu’ils ont fini par couper le câble. Ils courent beaucoup, ils courent vite, mais incapables de répondre à une question simple : “Tu te sens comment, vraiment, ces derniers temps ?” C’est exactement ce qu’on a vu dans l’article sur le bruit et la fureur du 1er décembre.
Aujourd’hui, on ne va pas faire de la psycho de salon. On va juste te donner trois jauges basiques à vérifier avant d’aller t’abîmer sur un 10 × 400 : fatigue, charge mentale, sommeil. Trois curseurs, de 0 à 10, pour décider si tu peux appuyer un peu, rester en endurance fondamentale ou carrément t’abstenir.
Question n°1 : niveau de fatigue (0–10) – le témoin moteur
Tu commences par le plus basique : physiquement, tu te sens comment, de 0 à 10 ? 0, c’est “je sors de cure thermale avec un cœur de champion”. 10, c’est “mon corps grince comme un camion de livraison un 24 décembre”.
Ce n’est pas scientifique, c’est assumé. Le but n’est pas de faire une thèse, c’est de reconnecter la tête et le corps. Tu prends 10 secondes, tu scannes : jambes, dos, nuque, respiration, énergie globale. Tu tranches à l’instinct, mais honnêtement.
Si tu es entre 0 et 3, tu as de la marge. Entre 4 et 6, tu es dans la zone “ça passe, mais on reste modeste” : c’est le terrain parfait pour un footing en endurance fondamentale, de ceux qu’on défend depuis le début du calendrier. Au-dessus de 7, on n’est plus dans la fatigue, on est dans le crédit revolving. Tu n’as pas un corps, tu as un PGE énergétique en surchauffe.
Et c’est là que la Loi de dérivation vient mettre une claque. Si tu ne l’as pas encore lue, va voir le 4 décembre : le corps envoie ses ressources là où c’est urgent, pas là où ton plan d’entraînement a décidé que ce serait sympa. Quand la fatigue est trop haute, tout ce que tu mets comme charge en plus n’est pas converti en progression. C’est juste de l’usure empilée sur de l’usure.
Traduction : si ta fatigue du jour est à 8, ton fractionné ne fera pas de toi un meilleur coureur, il fera juste de toi un coureur plus proche du mur. Ton Vagal Drive, lui, coche déjà la case “danger”, il attend que tu aies la décence de lever le pied.
Question n°2 : charge mentale (0–10) – la VMA du cerveau
Deuxième curseur : combien tu te sens chargé dans la tête, de 0 à 10 ? On parle de charge mentale, pas du nombre de mails non lus. 0, c’est “vacances sur une île sans réseau”. 10, c’est “fin d’année, gosses surexcités, cadeaux en retard, belle-mère en mode contrôle qualité sur chaque plat, chef qui réclame un bilan pour hier”.
Le truc que tu refuses d’entendre, c’est que cette charge-là pompe autant, voire plus, que des kilomètres en côte. Ton axe HPA ne sait pas faire la différence entre “je cours un 5 × 1000” et “je gère une réunion toxique + un gosse malade + un repas de famille sous tension”. Pour lui, c’est du stress, point barre.
Souviens-toi de la Loi de dérivation : quand l’alerte émotionnelle est haute, le corps dérive l’énergie vers le cerveau, le cœur, les muscles de la fuite, au détriment de la réparation profonde. Si ton niveau de charge mentale est à 8, et que tu te rajoutes une séance violente “pour te défouler”, ton système ne voit pas un moment de détente. Il voit juste une menace de plus.
C’est exactement ce qu’on a démonté le 5 décembre avec les séances surprises : “j’ai 40 minutes, je colle un 5 × 1000”. Si tu veux le détail du carnage, retourne lire “Ton corps n’est pas un calendrier de l’Avent”. Ici, on va se contenter d’une règle simple : charge mentale > 7 ? Tu n’es pas en train de “faire du bien à ta tête”, tu es en train de coller un braquage de plus sur une banque déjà vide.
Question n°3 : qualité de sommeil (0–10) – la vraie séance de reconstruction
Troisième question, et pas la moins importante : de 0 à 10, comment était ton sommeil ces deux ou trois dernières nuits ? 0, c’est “je dors comme un chat sur un radiateur”. 10, c’est “réveils multiples, cerveau en boucle, nuit hachée menu”.
On l’a déjà dit mais ça mérite d’être martelé : ce n’est pas la séance qui te fait progresser, c’est la récupération. Si ton sommeil est en miettes, tu peux t’imaginer que tu “gères”, mais biologiquement, l’adaptation ne se fait pas. Tu accumules du stress sans rendre la copie.
L’axe HPA adore la nuit pour remettre de l’ordre dans le bazar hormonal, calmer l’inflammation, laisser ton système vagal reprendre la main. Si tu thunes ton sommeil avec des écrans, de l’alcool, des ruminations et des séances bourrines tardives, tu ne lui laisses aucune fenêtre de réparation. Tu empiles les entraînements comme des séries Netflix, mais tu ne downloades jamais la mise à jour.
Concrètement : si tu as deux nuits pourries d’affilée et que ta note sommeil dépasse 7, l’option la plus intelligente n’est pas “séance qualité”, c’est “EF cool ou repos”. Tu veux un repère encore plus concret ? Souviens-toi des “5 signes que tu cours tes footings trop vite” du PDF qu’on ira détailler dans un autre article : si déjà en footing tu coches essoufflement, FC qui s’envole et fatigue qui traîne, ce n’est pas une séance dure qu’il te faut, c’est une sieste.
Comment décider : footing, EF light ou plaid ?
Tu as tes trois notes : fatigue, charge mentale, sommeil. Tu n’as pas besoin d’algorithme, juste de bon sens. Tu regardes le tableau comme un mécano regarde un moteur avant de mettre plein gaz.
Quelques règles simples :
- Si tout est ≤ 4 : feu vert. Tu peux faire la séance prévue, y compris un rappel d’intensité, tant que ça reste cadré comme on l’a posé le 3 décembre.
- Si une jauge est entre 5 et 7, les deux autres ≤ 5 : tu gardes la sortie mais tu la passes en endurance fondamentale honnête, sans finir en “EF mais pas EF”.
- Si deux jauges sont ≥ 7 : séance transformée en EF très courte ou marche active. Tu ne négocies pas. Tu n’es pas en manque de courage, tu es en manque de batterie.
- Si les trois jauges sont ≥ 7 : tu as gagné un plaid, une boisson chaude et éventuellement un tour sur l’article de désintox Vagal Drive (H6) pour comprendre comment tu en es arrivé là.
Mini twist de Noël, histoire que tu le retiennes : si fatigue, charge mentale et sommeil sont tous au-dessus de 7, tu mérites plus un plaid qu’un fractionné. Le seul intervalle que tu as besoin de travailler ce soir-là, c’est “inspiration / expiration”.
Est-ce que tu vas perdre un peu de VMA en faisant ça en décembre ? Non. Ce que tu risques surtout de perdre, c’est un bon burn-out sportif et la sensation que “la course à pied, ça m’a détruit”. On a déjà suffisamment d’exemples de Margot pour ne pas en rajouter une couche.
Rituel express avant chaque sortie de décembre
Tu veux du concret ? Voilà ton rituel Vagal Drive, version express, à faire debout dans l’entrée, chaussures à la main, avant chaque sortie de décembre.
D’abord, tu coupes 30 secondes le bruit : pas de musique, pas de scroll, pas de discussion. Tu fermes la bouche, tu respires par le nez, tu regardes quelque part devant toi, pas ton téléphone.
Ensuite, tu poses les trois questions dans ta tête :
- Sur 10, je me sens fatigué à combien ?
- Sur 10, ma charge mentale est à combien aujourd’hui ?
- Sur 10, mon sommeil des dernières nuits vaut combien ?
Tu prends les chiffres qui sortent, sans les négocier. Tu n’es pas au tribunal, tu es au garage. Si le moteur dit qu’il chauffe, tu ne vas pas lui expliquer qu’il exagère.
Ensuite, tu ajustes ta séance en fonction des règles au-dessus. Tu ne fais pas semblant. Tu n’étiquettes pas “EF” une sortie où tu finis rouge, essoufflé, FC à +20. Si tu veux comprendre en détail comment reconnaître ces faux footings cool, tu iras lire l’article dédié “5 signes que tu cours tes footings trop vite”.
Tu verras qu’en quelques semaines, ce simple rituel change tout : tu te blesses moins, tu récupères mieux, tu arrêtes de te demander “pourquoi je stagne alors que je fais tout bien”. En vérité, tu ne faisais pas tout bien, tu faisais tout fort. Ce n’est pas pareil.
L’interoception, ce n’est pas réservé aux philosophes et aux trauma-thérapeutes. C’est l’outil de base du coureur qui veut durer. Ceux qui refusent de l’utiliser finissent par comprendre… mais souvent trop tard, avec une radio, un kiné et un moral en morceaux.
Comme dirait un vieux grincheux de vestiaire : “On n’a jamais cassé un moteur parce qu’on a regardé le tableau de bord trop souvent. On le casse parce qu’on roule de nuit, phares éteints, en jurant que tout va bien.” À toi de voir dans quelle équipe tu veux courir.
